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Si Moh VIP-Leader


Inscrit le: 26 Sep 2007 Messages: 5762 Localisation: Addis Abeba
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Posté le: Mer Oct 17, 2007 12:41 pm Sujet du message: Poésie et forgeron |
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Dans cette partie, je vais m'intéresser en premier à un poème d'Arthur Rimbaud (Charleville, 1854 - Marseille, 1891).
Poète français qui, ayant tout écrit avant l'âge de vingt ans, devient trafiquant d'armes et meurt à trente-sept ans.
Le poème "le forgeron" a été inspiré à Rimbaud par une gravure de l'Histoire de la Révolution Française d'Auguste Thiers montrant Louis XVI pris à partie par le boucher Legendre et coiffant le bonnet rouge des révolutionnaires.
De ce boucher, Rimbaud a fait un forgeron, tâche plus riche de signification mythique (les Titans en lutte contre les dieux de l'Olympe). Dès les premiers vers du poèmes, Rimbaud va faire souffler sur ses alexandrins un vent de tourmente en jouant sur les sonorités, les assonances et les allitérations pour rendre compte du climat de révolte mais aussi de cacophonie qui règne dans le peuple.
Arthur Rimbaud âgé de 17 ans (1871) _________________ Amzil de Addis Abeba |
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Si Moh VIP-Leader


Inscrit le: 26 Sep 2007 Messages: 5762 Localisation: Addis Abeba
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Posté le: Mer Oct 17, 2007 12:50 pm Sujet du message: Le forgeron poème de Arthur Rimbaud |
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Vous trouverez dans ce qui suit des extraits du poème de Rimbaud, un lien étant fourni pour ceux qui seraient intéréssés par le poème dans sa totalité.
Le Forgeron
Poème de Arthur Rimbaud
Palais des Tuileries,
vers le 10 août 92
Le bras sur un marteau gigantesque, effrayant
D'ivresse et de grandeur, le front vaste, riant
Comme un clairon d'airain, avec toute sa bouche,
Et prenant ce gros-là dans son regard farouche,
Le Forgeron parlait à Louis Seize, un jour
Que le Peuple était là, se tordant tout autour,
Et sur les lambris d'or traînant sa veste sale.
Or le bon roi, debout sur son ventre, était pâle
Pâle comme un vaincu qu'on prend pour le gibet,
Et, soumis comme un chien, jamais ne regimbait
Car ce maraud de forge aux énormes épaules
Lui disait de vieux mots et des choses si drôles,
Que cela l'empoignait au front, comme cela !
http://www.mag4.net/Rimbaud/poesies/Forgeron.html _________________ Amzil de Addis Abeba |
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Si Moh VIP-Leader


Inscrit le: 26 Sep 2007 Messages: 5762 Localisation: Addis Abeba
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Posté le: Mer Oct 17, 2007 1:00 pm Sujet du message: Suite du poême de Rimbaud |
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....................................................
"Oh ! tous les Malheureux, tous ceux dont le dos brûle
Sous le soleil féroce, et qui vont, et qui vont,
Qui dans ce travail-là sentent crever leur front
Chapeau bas, mes bourgeois ! Oh ! ceux-là, sont les Hommes !
Nous sommes Ouvriers, Sire ! Ouvriers ! Nous sommes
Pour les grands temps nouveaux où l'on voudra savoir,
Où l'Homme forgera du matin jusqu'au soir,
Chasseur des grands effets, chasseur des grandes causes,
Où, lentement vainqueur, il domptera les choses
Et montera sur Tout, comme sur un cheval !
Oh ! splendides lueurs des forges ! Plus de mal,
Plus ! - Ce qu'on ne sait pas, c'est peut-être terrible:
Nous saurons ! - Nos marteaux en main; passons au crible
Tout ce que nous savons: puis, Frères, en avant !
Nous faisons quelquefois ce grand rêve émouvant
De vivre simplement, ardemment, sans rien dire
De mauvais, travaillant sous l'auguste sourire
D'une femme qu'on aime avec un noble amour:
Et l'on travaillerait fièrement tout le jour,
Ecoutant le devoir comme un clairon qui sonne:
Et l'on se sentirait très heureux; et personne
Oh ! personne, surtout, ne vous ferait ployer !
On aurait un fusil au-dessus du foyer....
Arthur Rimbaud (1854 ; 1891)
Lien au poème complet:
http://www.toutelapoesie.com/poemes/rimbaud/le_forgeron.htm
Ci-dessous la photo d'un extrait du manuscrit du poème
http://michel.balmont.free.fr/pedago/rimbaudouai/ms-douai/forgeron1.jpg _________________ Amzil de Addis Abeba
Dernière édition par Si Moh le Jeu Oct 18, 2007 11:32 am; édité 1 fois |
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Si Moh VIP-Leader


Inscrit le: 26 Sep 2007 Messages: 5762 Localisation: Addis Abeba
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Posté le: Jeu Oct 18, 2007 11:31 am Sujet du message: Poême le forgeron de Émile VERHAEREN |
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Ce poême de Émile VERHAEREN (1855-1916), Belgique,
je le dédie à tous les "IMZILNE" du monde.
Pour marquer cette volonté, j'accompagne le poême de photos de forgerons de diverse parties du monde.
Émile VERHAEREN
Sur la route, près des labours,
Le forgeron énorme et gourd,
Depuis les temps déjà si vieux, que fument
Les émeutes du fer et des aciers sur son enclume,
Martèle, étrangement, près des flammes intenses,
A grands coups pleins, les pâles lames
Immenses de la patience.
Tous ceux du bourg qui habitent son coin,
Avec la haine en leurs deux poings,
Muette,
Savent pourquoi le forgeron
A son labeur de tâcheron,
Sans que jamais
Ses dents mâchent des cris mauvais,
S'entête.
Mais ceux d'ailleurs dont les paroles vaines
Sont des abois, devant les buissons creux,
Au fond des plaines ;
Les agités et les fiévreux
Fixent, avec pitié ou méfiance,
Ses lents yeux doux remplis du seul silence.
Forgeron de Fez Maroc _________________ Amzil de Addis Abeba
Dernière édition par Si Moh le Sam Oct 20, 2007 7:04 am; édité 2 fois |
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Si Moh VIP-Leader


Inscrit le: 26 Sep 2007 Messages: 5762 Localisation: Addis Abeba
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Posté le: Jeu Oct 18, 2007 11:40 am Sujet du message: Suite du poême de Émile VERHAEREN |
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Émile VERHAEREN
Le forgeron travaille et peine,
Au long des jours et des semaines.
Dans son brasier, il a jeté
Les cris d'opiniâtreté,
La rage sourde et séculaire ;
Dans son brasier d'or exalté,
Maître de soi, il a jeté
Révoltes, deuils, violences, colères,
Pour leur donner la trempe et la clarté
Du fer et de l'éclair.
Son front
Exempt de crainte et pur d'affronts,
Sur des flammes se penche, et tout à coup rayonne.
Devant ses yeux, le feu brûle en couronne.
Ses mains grandes, obstinément,
Manient, ainsi que de futurs tourments,
Les marteaux clairs, libres et transformants
Et ses muscles s'élargissent, pour la conquête
Dont le rêve dort en sa tête.
Forgeron en Europe
Forgeron au Canada _________________ Amzil de Addis Abeba |
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Si Moh VIP-Leader


Inscrit le: 26 Sep 2007 Messages: 5762 Localisation: Addis Abeba
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Posté le: Jeu Oct 18, 2007 11:48 am Sujet du message: Suite du Poême de Émile VERHAEREN |
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Émile VERHAEREN
Il a compté les maux immesurables :
Les conseils nuls donnés aux misérables ;
Les aveugles du soi, qui conduisent les autres ;
La langue en fiel durci des faux apôtres ;
La justice par des textes barricadée ;
L'effroi plantant sa corne, au front de chaque idée ;
Les bras géants d'ardeur, également serviles,
Dans la santé des champs ou la fièvre des villes ;
Le village, coupé par l'ombre immense et noire
Qui tombe en faulx du vieux clocher comminatoire ;
Les pauvres gens, sur qui pèsent les pauvres chaumes,
Jusqu'à ployer leurs deux genoux, devant l'aumône ;
La misère dont plus aucun remords ne bouge,
Serrant entre ses mains l'arme qui sera rouge ;
Le droit de vivre et de grandir, suivant sa force,
Serré, dans les treillis noueux des lois retorses :
La lumière de joie et de tendresse mâle,
Eteinte, entre les doigts pincés de la morale ;
----
L'empoisonnement vert de la pure fontaine
De diamant, où boit la conscience humaine
Et puis, malgré tant de serments et de promesses,
A ceux que l'on redoute ou bien que l'on oppresse,
Le recommencement toujours de la même détresse.
Le forgeron sachant combien
On épilogue, autour des pactes,
Depuis longtemps, ne dit plus rien :
L'accord étant fatal au jour des actes ;
Il est l'incassable entêté
Qui vainc ou qu'on assomme ;
Qui n'a jamais lâché sa fierté d'homme
D'entre ses dents de volonté ;
Qui veut tout ce qu'il veut si fortement,
Que son vouloir broierait du diamant
Et s'en irait, au fond des nuits profondes,
Ployer les lois qui font rouler les mondes.
http://poesie.webnet.fr/poemes/Belgique/verhaere/109.html
Forgeron Arabe
Forgeron en Afrique
Forgeron en Asie _________________ Amzil de Addis Abeba |
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Si Moh VIP-Leader


Inscrit le: 26 Sep 2007 Messages: 5762 Localisation: Addis Abeba
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Posté le: Sam Déc 01, 2007 6:31 am Sujet du message: Un poême Amazigh |
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Poème en Amazigh
Voici un poème genre"izlan" traduit de l'amazigh vers le français; ce sont de vieux poèmes qui datent d'au moins depuis plus d'un siècle, glanés dans la region de Figuig.
A y ul inw igan amm thânut n umzil
illa digs lfaxr ar itsudt rrabuz
tgamt a tiwirga nw amuyyd.
****
Mon coeur atelier de forgeron charbon
ardent le soufflet l'attise sans arrêt
mes rêves sont insomnie!
http://www.francopolis.net/discus/messages/14/1913.html?1088194622
 _________________ Amzil de Addis Abeba
Dernière édition par Si Moh le Ven Déc 28, 2007 2:52 pm; édité 1 fois |
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Si Moh VIP-Leader


Inscrit le: 26 Sep 2007 Messages: 5762 Localisation: Addis Abeba
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Posté le: Mar Déc 04, 2007 5:09 am Sujet du message: Poème de l'Afrique Sub Saharienne |
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Poème de l'Afrique Sub saharienne
À la question : qui encore est forgeron ? On évoquera les Kamissoko et les Cissoko !
Le mortier dans lequel on pile provient des familles de Soumaro : le monde entier existe donc grâce à eux !
La houe avec laquelle on remue la terre vient de chez les forgerons : l'humanité existe donc par eux !
La poterie dans laquelle on prépare les mets provient des familles de forgerons : le monde subsiste grâce à eux !
Kounkounba Bantanba, Niani Niani sont les villes qu'ils ont conquises et qui ont donné les noms à leurs familles !
Makan, l'ancêtre, maître du vent, tout provient des familles issues de toi ! Toute chose prend là son origine !
Faire de la fillette une femme, c'est le travail de la potière !
Faire du garçon un homme, c'est la tâche du forgeron ! Eh ! Eh ! Eh ! Les forgerons, ce n'est pas n'importe qui ! (Louanges traditionnelles des forgerons de Mandé)
Mambala Kante, Forgerons d'Afrique noire, L'Harmattan 1999
LE GRAND DISEUR
ÉVOQUE
LES FORGERONS
Le fer geint,
forgeron...
Larmes noires,
sueur et suie,
forges,
braises,
soufflets,
lingots ombres géantes
et impétueuses...
Le fer geint
forgeron...
Les deux marteaux
comme deux chiens
mordent le fer
chauffé à blanc.
Fendu le fer l'étampe demeure brûlante
comme un couteau coupant des langues...
Le fer geint,
forgeron...
Et tout se tait,
hormis l'enclume,
hormis le fer
rouge dans l'eau
langue éclatée
qui ne s'éteint...
Le fer pleure,
forgeron...
Miguel Angel Asturias, Le grand diseur
http://jean-guy-jobin-poesie.com/anthologie8.html _________________ Amzil de Addis Abeba |
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Si Moh VIP-Leader


Inscrit le: 26 Sep 2007 Messages: 5762 Localisation: Addis Abeba
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Posté le: Jeu Déc 20, 2007 5:23 am Sujet du message: LA GRÈVE DES FORGERONS |
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LA GRÈVE DES FORGERONS
COPPÉE, François (1842-1908)
Paris : Alphonse Lemerre, 1869.- 11 p. ; 18,5 cm.
A mon ami Paul Haag
Mon histoire, messieurs les juges, sera brève.
Voilà . Les forgerons s'étaient tous mis en grève.
C'était leur droit. L'hiver était très dur ; enfin,
Cette fois, le faubourg était las d'avoir faim.
Le samedi, le soir du payement de semaine,
On me prend doucement par le bras, on m'emmène
Au cabaret ; et, là, les plus vieux compagnons
- J'ai déjà refusé de vous livrer leurs noms -
Me disent : " Père Jean, nous manquons de courage ;
Qu'on augmente la paye, ou sinon plus d'ouvrage !
On nous exploite, et c'est notre unique moyen.
Donc, nous vous choisissons, comme étant le doyen,
Pour aller prévenir le patron, sans colère,
Que, s'il n'augmente pas notre pauvre salaire,
Dès demain, tous les jours sont autant de lundis.
Père Jean, êtes-vous notre homme? " Moi je dis :
" Je veux bien, puisque c'est utile aux camarades. "
Mon président, je n'ai pas fait de barricades ;
Je suis un vieux paisible, et me méfie un peu
Des habits noirs pour qui l'on fait le coup de feu.
Mais je ne pouvais pas leur refuser, peut-être.
Je prends donc la corvée, et me rends chez le maître ;
J'arrive, et je le trouve à table ; on m'introduit.
Je lui dis notre gêne et tout ce qui s'ensuit :
Le pain trop cher, le prix des loyers. Je lui conte
Que nous n'en pouvons plus; j'établis un long compte
De son gain et du nôtre, et conclus poliment
Qu'il pourrait, sans ruine, augmenter le payement.
Il m'écouta tranquille, en cassant des noisettes,
Et me dit à la fin :
" Vous, père Jean, vous êtes
Un honnête homme ; et ceux qui vous poussent ici
Savaient ce qu'ils faisaient quant ils vous ont choisi.
Pour vous, j'aurai toujours une place à ma forge.
Mais sachez que le prix qu'ils demandent m'égorge,
Que je ferme demain l'atelier, et que ceux
Qui font les turbulents sont tous des paresseux.
C'est là mon dernier mot, vous pouvez le leur dire. "
Moi je réponds :
" C'est bien, monsieur. "
Je me retire,
Le cœur sombre, et m'en vais rapporter aux amis
Cette réponse, ainsi que je l'avais promis.
Là-dessus, grand tumulte. On parle politique.
On jure de ne pas rentrer à la boutique;
Et, dam ! je jure aussi, moi, comme les anciens.
Oh ! plus d'un, ce soir-là, lorsque devant les siens
Il jeta sur un coin de table sa monnaie,
Ne dut pas, j'en réponds, se sentir l'âme gaie,
Ni sommeiller sa nuit tout entière, en songeant
Que de longtemps peut-être on n'aurait plus d'argent,
Et qu'il allait falloir s'accoutumer au jeûne.
- Pour moi, le coup fut dur, car je ne suis plus jeune
Et je ne suis pas seul. - Lorsque, rentré chez nous,
Je pris mes deux petits-enfants sur mes genoux,
- Mon gendre a mal tourné, ma fille est morte en couches -
Je regardai, pensif, ces deux petites bouches
Qui bientôt connaîtraient la faim ; et je rougis
D'avoir ainsi juré de rester au logis.
Mais je n'étais pas plus à plaindre que les autres ;
Et, comme on sait tenir un serment chez les nôtres,
Je me promis encor de faire mon devoir.
Ma vieille femme alors rentra de son lavoir,
Ployant sons un paquet de linge tout humide ;
Et je lui dis la chose avec un air timide.
La pauvre n'avait pas le cœur à se fâcher ;
Elle resta, les yeux fixés sur le plancher,
Immobile longtemps, et répondit :
" Mon homme,
Tu sais bien que je suis une femme économe.
Je ferai ce qu'il faut ; mais les temps sont bien lourds,
Et nous avons du pain au plus pour quinze jours. "
Moi je repris :
" Cela s'arrangera peut-être ! "
Quand je savais qu'à moins de devenir un traître
Je n'y pouvais plus rien, et que les mécontents,
Afin de maintenir la grève plus longtemps,
Sauraient bien surveiller et punir les transfuges.
Et la misère vint. - O mes juges, mes juges !
Vous croyez bien que, même au comble du malheur,
Je n'aurais jamais pu devenir un voleur,
Que rien que d'y songer, je serais mort de honte ;
Et je ne prétends pas qu'il faille tenir compte,
Même au désespéré qui du matin au soir
Regarde dans les yeux son propre désespoir,
De n'avoir jamais eu de mauvaise pensée.
Pourtant, lorsque au plus fort de la raison glacée
Ma vieille honnêteté voyait - vivants défis -
Ma vaillante campagne et mes deux petits-fils
Grelotter tous les trois près du foyer sans flamme,
Devant ces cris d'enfants, devant ces pleurs de femme,
Devant ce groupe affreux de froid pétrifié,
Jamais - j'en jure ici par ce Crucifié -
Jamais dans mon cerveau sombre n'est apparue
Cette action furtive et vile de la rue,
0ù le cœur tremble, où l'oeil guette, où la main saisit.
Hélas ! si mon orgueil à present s'adoucit,
Si je plie un moment devant vous, si je pleure,
C'est que je les revois, ceux de qui tout à l'heure
J'ai parlé, ceux pour qui j'ai fait ce que j'ai fait.
Donc on se conduisit d'abord comme on devait :
On mangea du pain sec, et l'on mit tout en gage.
Je souffrais bien. Pour nous, la chambre, c'est la cage,
Et nous ne savons pas rester à la maison.
Voyez-vous ! j'ai tâté depuis de la prison,
Et je n'ai pas trouvé de grande différence.
Puis ne rien faire, c'est encore une souffrance.
On ne le croirait pas. Eh bien, il faut qu'on soit
Les bras croisés par force ; alors on s'aperçoit
Qu'on aime l'atelier, et que cette atmosphère
De limaille et de feu, c'est celle qu'on préfère.
Au bout de quinze jours nous étions sans un sou.
- J'avais passé ce temps à marcher comme un fou,
Seul, allant devant moi, tout droit, parmi la foule,
Car le bruit des cités vous endort et vous saoûle,
Et, mieux que l'alcool, fait oublier la faim.
Mais, comme je rentrais, une fois, vers la fin
D'une après-midi froide et grise de novembre,
Je vis ma femme assise en un coin de la chambre,
Avec les deux petits serrés contre son sein ;
Et je pensai : C'est moi qui suis leur assassin !
Quand la vieille me dit, douce et presque confuse :
" Mon pauvre homme, le Mont-de-piété refuse
Le dernier matelas, comme étant trop mauvais.
Où vas-tu maintenant trouver du pain ?
- J'y vais, "
Répondis-je ; et prenant à deux mains mon courage,
Je résolus d'aller me remettre à l'ouvrage ;
Et, quoique me doutant qu'on m'y repousserait
Je me rendis d'abord dans le vieux cabaret
Où se tenaient toujours les meneurs de la grève.
- Lorsque j'entrai je crus, sur ma foi, faire un rêve :
On buvait là, tandis que d'autres avaient faim,
On buvait. - Oh ! ceux-là qui leur payaient ce vin
Et prolongeaient ainsi notre horrible martyre,
Qu'ils entendent encore un vieillard les maudire !
- Dès que vers les buveurs je me fus avancé,
Et qu'ils virent mes yeux rouges, mon front baissé,
Ils comprirent un peu ce que je venais faire;
Mais, malgré leur air sombre et leur accueil sévère,
Je leur parlai :
" Je viens pour vous dire ceci :
C'est que j'ai soixante ans passés, ma femme aussi,
Que mes deux petits-fils sont restés à ma charge,
Et que dans la mansarde où nous vivons au large,
- Tous nos meubles étant vendus - on est sans pain.
Un lit à l'hôpital, mon corps au carabin,
C'est un sort pour un gueux comme moi, je suppose ;
Mais pour ma femme et mes petits, c'est autre chose.
Donc, je veux retourner tout seul sur les chantiers.
Mais, avant tout, il faut que vous le permettiez
Pour qu'on ne puisse pas sur moi faire d'histoires.
Voyez ! J'ai les cheveux tout blancs et les mains noires,
Et voilà quarante ans que je suis forgeron.
Laissez-moi retourner tout seul chez le patron.
J'ai voulu mendier, je n'ai pas pu. Mon âge
Est mon excuse. On fait un triste personnage
Lorsqu'on porte à son front le sillon qu'a gravé
L'effort continuel du marteau soulevé,
Et qu'on veut au passant tendre une main robuste.
Je vous prie à deux mains. Ce n'est pas trop injuste
Que ce soit le plus vieux qui cède le premier.
- Laissez-moi retourner tout seul à l'atelier.
Voilà tout. Maintenant, dites si ça vous fâche. "
Un d'entre eux fit vers moi trois pas et me dit :
" Lâche ! "
Alors j'eus froid au coeur, et le sang m'aveugla.
Je regardai celui qui m'avait dit cela.
C'ëtait un grand garçon, blême aux reflets des lampes,
Un malin, un coureur de bals, qui, sur les tempes,
Comme une fille, avait deux gros accroche-cœurs.
Il ricanait, fixant sur moi ses yeux moqueurs :
Et les autres gardaient un si profond silence
Que j'entendais mon cœur battre avec violence.
Tout à coup j'étreignis dans mes deux mains mon front
Et m'écriai :
" Ma femme et mes deux fils mourront.
Soit ! Et je n'irai pas travailler. - Mais je jure
Que, toi, tu me rendras raison de cette injure,
Et que nous nous battrons, tout comme des bourgeois.
Mon heure ? Sur-le-champ. - Mon arme ? J'ai le choix ;
Et, parbleu ! ce sera le lourd marteau d'enclume,
Plus léger pour nos bras que l'épée ou la plume ;
Et vous, les compagnons, vous serez les témoins.
Or çà, faites le cercle et cherchez dans les coins
Deux de ces bons frappeurs de fer couverts de rouille.
Et toi, vil insulteur de vieux, allons ! dépouille
Ta blouse et ta chemise, et crache dans ta main. "
Farouche et me frayant des coudes un chemin
Parmi les ouvriers, dans un coin des murailles
Je choisis deux marteaux sur un tas de ferraille
Et les ayant jugés d'un coup d'oeil je jetai
Le meilleur à celui qui m'avait insulté.
Il ricanait encor ; mais, à toute aventure,
Il prit l'arme, et gardant toujours cette posture
Défensive :
" Allons, vieux, ne fais pas le méchant ! "
Mais je ne répondis au drôle qu'en marchant
Contre lui, le gênant de mon regard honnête
Et faisant tournoyer au-dessus de ma tête
Mon outil de travail, mon arme de combat.
Jamais le chien couché sous le fouet qui le bat,
Dans ses yeux effarés et qui demandent grâce,
N'eut une expression de prière aussi basse
Que celle que je vis alors dans le regard
De ce louche poltron, qui reculait, hagard,
Et qui vint s'acculer contre le mur du bouge.
Mais il était trop tard, hélas ! Un voile rouge,
Une brume de sang descendit entre moi
Et cet être pourtant terrassé par l'effroi,
Et d'un seul coup, d'un seul, je lui brisai le crâne
Je sais que c'est un meurtre et que tout me condamne ;
Et je ne voudrais pas vraiment qu'on chicanât
Et qu'on prît pour un duel un simple assassinat.
Il était à mes pieds, mort, perdant sa cervelle,
Et, comme un homme à qui tout à coup se révèle
Toute l'immensité du remords de Caïn,
Je restai là, cachant mes deux yeux sous ma main.
Alors les compagnons de moi se rapprochèrent
Et voulant me saisir, en tremblant me touchèrent.
Mais je les écartai d'un geste, sans effort,
Et leur dis : " Laissez-moi. Je me condamne à mort. "
Ils comprirent. Alors, ramassant ma casquette,
Je la leur présentai, disant, comme à la quête :
" Pour la femme et pour les petiots, mes bons amis. "
Et cela fit dix francs, qu'un vieux leur a remis.
Puis j'allai me livrer moi-même au commissaire.
A présent, vous avez un récit très sincère
De mon crime, et pouvez ne pas faire grand cas
De ce que vous diront messieurs les avocats.
Je n'ai même conté le détail de la chose
Que pour bien vous prouver que, quelquefois, la cause
D'un fait vient d'un concours d'événements fatal.
Les mioches aujourd'hui sont au même hôpital
Où le chagrin tua ma vaillante compagne.
Donc, que pour moi ce soit la prison ou le bagne,
Ou même le pardon, je n'en ai plus souci ;
Et si vous m'envoyez à l'échafaud, merci !
Juillet 1869.
http://www.bmlisieux.com/archives/forgeron.htm
 _________________ Amzil de Addis Abeba |
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Si Moh VIP-Leader


Inscrit le: 26 Sep 2007 Messages: 5762 Localisation: Addis Abeba
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Posté le: Jeu Jan 03, 2008 5:11 am Sujet du message: Poésie (suite) |
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Je te salue vieille montagne des forgerons
Par les fleurons du village
Par les boutons du jardin
Et par Moha mis
Dans le sac des aliénés.
Je te salue vieille montagne des forgerons
Par tout ce qui bouge
Dans les lauriers roses
De notre marabout blanc.
Par l'eau de la Fosse à Vigne
Et par la fourmi écrasée
Par le prieur qui se prosterne
Je te salue vieille montagne des forgerons
Maudite soit la main
Qui a mal forgé mon destin.
Abdallah Ait Tkassit
http://aouididden.ifrance.com/ _________________ Amzil de Addis Abeba |
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Awragh
Inscrit le: 02 Fév 2008 Messages: 3 Localisation: Norway
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Posté le: Mer Juil 30, 2008 3:52 pm Sujet du message: |
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Voici une strophe d'un poème de Haddachi ( izzelf i w'marg) où AMZIL est évoqué avec la finesse que nous connaissons à ce poète.
Izzelf i w amarg gan i, gan talligh ig w amzil g w uzzal n imassn
Da t izzwigh, ikkes t i ed, yasy ed tas'mmart mar ad id s isiwl,
Da t ikkat ard ismid', isikk t i w aman, raren t ad iregh ar ittesud',
Source: Haddachi, tislitt n kw y ass, p. 46. _________________ Mc xatern iselman xitern inegmarn |
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