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naim Webmaster


Inscrit le: 21 Sep 2007 Messages: 1498 Localisation: Marocco
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Posté le: Mer Mar 19, 2008 5:50 pm Sujet du message: Préserver le Patrimoine Architectural |
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Salima Naji : Le Maroc est un pays de contact doté d'une force créatrice surprenante
Laisser tomber la vie urbaine avec ses tourments et modernités pour se consacrer au monde rural, le défi est pleinement à assumer ; cependant, quand l'amour de l'authenticité se fait valoir, le défi parait si aisé. Salima Naji est architecte, diplômée de l'École d'architecture de Paris-La-Villette, Anthropologue (École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris), diplômée du Laboratoire de Troisième cycle Arts, Esthétiques Sciences et Technologies de l'Image de Paris VIII, plasticienne, elle est l'auteur de plusieurs ouvrages de référence sur les architectures vernaculaires du Sud Marocain. Elle a consacré plusieurs années de recherches aux greniers-citadelles du Maroc, essayant d'organiser la survie de certaines citadelles véritablement menacées…
Entretien
Il est à constater que les marocains ne connaissent que peu de choses sur leur patrimoine, cela n'a-t-il pas donné lieu à sa disparition ?
Au-delà de la méconnaissance du patrimoine national, c'est surtout l'absence de prise de conscience de sa valeur qui favorise sa disparition. Nombreux sont ceux qui ne veulent pas restaurer des bâtiments anciens car ils les considèrent comme désuets incarnant la pauvreté, le non développement. Pour beaucoup, les architectures de pierre et de terre sont même considérées comme tout justes bonnes pour les animaux. Les regards sont fortement influencés par les néo-urbains et la parabole qui déconsidèrent fortement le patrimoine surtout rural. L'idéal est la maison de ciment couverte avec des modénatures marquées par l'internationalisation des goûts. Parallèlement, de nombreuses architectures disparaissent faute d'usage ou d'accord entre les multiples héritiers. L'ignorance et les difficultés d'héritage accélèrent la disparition du patrimoine bâti. Les patrimoines dits "intangibles" suivent ensuite : le patrimoine oral, la langue et les parlers vernaculaires dans leur richesse, jusqu'aux modes d'habiter, de se vêtir et de manger !
Quand avez-vous senti que vous deviez contribuer au sauvetage du patrimoine marocain ?
L'implication dans la sauvegarde du patrimoine s'est faite naturellement, je ne savais pas que j'allais me consacrer à la restauration. J'aime le contemporain très fort. Tout comme j'aime les cités anciennes, les charmes du bâti, ses forces, ses fragilités. Je m'intéresse en 1993 à ce qui va devenir les Kasbates 5 ou 6 ans après avec le succès que l'on sait. Alors, je côtoyais les ruines, je questionnais les vieux messieurs, je suis allée en 1995 au Mali où la vitalité de l'architecture de terre crue de Djenné ou Gao m'a donné l'envie de m'investir dans des revitalisations.
Dans un premier temps, j'étais très sensible à la beauté de ces architectures sans architectes. La diversité des formes, la multiplicité des techniques, l'esthétique spécifique étaient autant de leçons d'architecture. Puis progressivement lors de terrains de recherche de longue durée, j'ai d'abord réfléchi avec de nombreux interlocuteurs sur les nouveaux usages possibles. Et lorsque je décide d'aller visiter les 200 ou 300 greniers du pays, vallée par vallée, je suis subjuguée par ce que je vois, de tribu en tribu. Et très vite, face à la ruine de témoins architecturaux exceptionnels comme le grenier d'Aguellouy d'Amtoudi, je réinvestis spontanément l'argent que je gagne pour sauver des sites. Et là, je continue à découvrir, comment s'est construit.
En 2004, je reçois le Prix "jeunes architectes" de la fondation EDF qui me donne l'occasion de repoursuivre ces restaurations plus profondément. Je ne me pose pas de questions, je fonce et ça me passionne. Et puis, il y a toute cette dimension humaine, de rencontres, d'échanges, et c'est cela aussi échanger avec les maalmines, avec les gens du village. Cette dimension est le nerf de l'action.
Désormais je mène une double action, une de sensibilisation par la multiplication de publications et de colloques et l'autre de reconstruction dans des projets concrets autour de chantiers comme à Assa. Car depuis que je parcours les vallées présahariennes et la montagnes je dois avoir accumulé 6000 images de mosquées, de greniers, de maisons, de moussems, de moments forts et tous les gens que je rencontre pour leur renvoyer les photos après.
Vous avez énormément travaillé sur les greniers-citadelles, comment êtes-vous tombée sous leur charme?
J'ai commencé par m'intéresser à l'architecture de terre des Kasbahs des vallées pré-sahariennes (Draa, Dadès, Rhéris, Todrha, Ziz) or dans les montagnes les architectures monumentales sont les greniers collectifs. Ce qui m'a fasciné est l'incroyable diversité des formes architecturales pour une même institution. Des géants de pierre de l'Anti-Atlas, au fortin de terre du Haut Atlas central, en passant par les structures palafittes du Haut Atlas oriental, les greniers collectifs incarnaient l'incroyable diversité du patrimoine rural marocain. Par conséquent, si dans mon premier travail de recherche avait porté sur l'art et l'esthétique du grand sud, ma deuxième recherche porte sur le collectif et les liens qui fonde la communauté.
Vous oeuvrez essentiellement en milieu rural alors que les médinas et les lieux chargés d'histoire dans les villes souffrent peut être beaucoup plus de ce modernisme, projetez-vous des actions dans les villes ?
Je ne classe pas médinas d'un côté, montagnes ou petites vallées de l'autre. Si les villes sont soumises à davantage de pression que le monde rural par contre la destruction des monuments dans les campagnes se fait en silence sans que personne ne s'alarme. Mais, j'ai travaillé pour des particuliers à Fès, je souffre autant. A la ville tout va trop vite, et je crois que c'est aux natifs et intellectuels des villes d'agir. Ils sont en mesure d'en connaître les rouages. Mais, j'ai été à chaque fois sollicitée, de ce fait je ne me suis pas posée la question de savoir si je voulais ou pas travailler dans les villes. Mais Assa est une ville. Le Ksar fait 7 hectares, 300 maisons. La ville nouvelle compte plus de 6 000 personnes... Et ce qui est beau à Assa, c'est que cette petite ville était comme une Pompéi, en dehors des mosquées défigurées ou rasées pour être remises au goût du jour, tout était là intact. Le faux modernisme est vraiment inadapté, cette idée je l'ai exposée à Assa dans le chantier avec les gens qui ont compris : "Tu nous as fait comprendre la valeur de notre architecture...", la restauration a remis en valeur une dignité perdue. Nous modernisons, mais intelligemment sans sacrifier aux formes anciennes. Et tous sont convaincus !
Que pourriez-vous dire aux jeunes marocains qui prônent le modernisme des lieux et croient qu'en pensant au patrimoine, ils reviennent des années en arrière ?
De réfléchir à cette idée que la modernité et le patrimoine ne sont pas en contradiction. Or actuellement, nombreux sont ceux qui disqualifient leur héritage pensant que des modèles extérieurs venus d'occident ou d'orient sont meilleurs. Je pense qu'il faut être fier de ses origines et apprendre à s'appuyer pour justement construire un avenir solide. Le Maroc est un pays de contact doté d'une force créatrice surprenante. La Qarawiyin compose avec toutes ses époques en strates, la nouvelle restauration (orchestrée par Fikri Ben Abdellah) est une leçon d'humilité qui démontre cela.
Le vrai modernisme c'est de bien vivre en harmonie avec son histoire, son environnement, ses ancêtres. Pas de détruire, effacer, avoir honte ou encore de multiplier des gadgets inadaptés. L'électricité arrive dans les coins les plus reculés pour brancher un réfrigérateur pas un climatiseur... C'est cette subtilité qui compte. Or, la réflexion n'est pas toujours là. Il serait urgent dans notre pays de réfléchir à des procédés constructifs intelligents comme ces tours rafraîchissantes où l'été on met des linges mouillés pour obtenir une belle fraîcheur dans la région de Tata, toutes ces petites baies qui perforent certains murs et ventilent les maisons à Skoura, les volets à Assa, ces leçons de confort doivent être approfondies. Ce qu'aiment par trop faire nos concitoyens c'est de transférer des équipements d'ailleurs ici sans réflexion réelle sur les besoins. Je teste actuellement ces idées dans la région de Marrakech, avec un projet de maisons en terre crue stabilisée. Le chantier est ouvert !
Source:vrefemme.net _________________ http://sawtna.nice-forums.net/ |
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Si Moh VIP-Leader


Inscrit le: 26 Sep 2007 Messages: 5705 Localisation: Addis Abeba
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Posté le: Dim Avr 06, 2008 5:42 am Sujet du message: INTERVIEW : SALIMA NAJI, architecte, anthropologue |
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Patrimoine
«Un peuple sans Histoire est un peuple sans avenir»
INTERVIEW : SALIMA NAJI, architecte, anthropologue et écrivain
Publié le : 04.04.2008 | 16h36
«L'agonie de certains monuments est plus significative encore que leur heure de gloire. Ils fulgurent avant de s'éteindre.»
Jean Genet
Le Matin : Dans l'émission «Des racines et des ailes » vous étiez présentée comme une architecte spécialiste du patrimoine berbère. Il y était également fait mention du fait que vous travaillez depuis dix ans au recensement du patrimoine berbère. Que pouvez-vous nous dire sur ce patrimoine ?
SALIMA NAJI : C'est vrai que je me suis d'abord intéressée aux vallées pré-sahariennes, fascinée par les Kasbahs qui menaçaient de disparaître, ultimes témoins d'un art total. De ces longues pérégrinations, j'ai tiré une première étude universitaire publiée sous la forme d'un beau livre, Art et architectures berbères du Maroc (Vallées présahariennes). Epuisé depuis plus de 3 ans, il vient d'être réédité chez Edisud (Aix-en-Provence) et La Croisée des Chemins-Eddif (Casablanca). Ce qui m'a frappée, c'est la diversité régionale autour de formes communes. Les Ksours du Tafilalet et du Haut-Drâa, que j'ai photographiés dès 1993, date de mes premiers terrains de recherche de moyenne durée pour l'Université, sont visités systématiquement les uns après les autres avec ce même constat de paupérisation, de perte du fameux « patrimoine immatériel » dont tout le monde parle mais qui est si fragile à préserver. Nous détenons un patrimoine en terre crue extraordinaire qui devrait faire notre fierté – que le monde entier nous envie -mais que les nôtres s'empressent de démolir, de saccager. La richesse de ces sites est inestimable, il y a tant de patrimoine dans notre pays, ne serait-ce que dans les langues vernaculaires, les techniques constructives traditionnelles, et toutes les pratiques liées au mode de vie.
Au lieu de tout aplanir, uniformiser, vider de son sens, il faudrait s'attacher aux particularismes locaux et sauver, sauver tant qu'il est temps ! Le Draa jusqu'à Ouled Driss-Mhamid, Tamnougalt la magnifique, Nkob, Rissani, Erfoud et tout le Tafilalet, les Ksours de Figuig, mais aussi toutes ces oasis qui s'égrènent entre Foum'Zgid et Amtoudi : Tata, Aqqa, Tagmout n'Yaaqub et les Idaw Nadif, je les connais par cœur et tout retour en ces lieux, défigurés, me fait mal. C'est pour cela que je m'engage dans toutes sortes de sauvetages et que je publie très régulièrement. L'exposition produite par la Fondation ONA-Villa des Arts et la BMCI en 2002-03 s'intitulait «Architectures des oasis, vitalité d'un patrimoine en danger», notre public cible étaient les enfants, subjugués par les murs en terre édifiés pour l'exposition, fascinés par les maquettes et les objets ; mais aussi les adultes qui méconnaîtraient la valeur de ce patrimoine.
Les greniers collectifs font partie de ce patrimoine millénaire. Après avoir réhabilité et sauvé certains d'entre eux, vous avez réalisé un très bel ouvrage
sur la question. Qu'est-ce qui vous a poussée à entreprendre ce grand chantier ?
En 1999-2000, je décide de consacrer ma thèse de doctorat sur les greniers collectifs (Paris, Ecole des hautes études en sciences sociales), alors, vallée par vallée, je traverse l'Atlas marocain, des Ayt Sokhmane du Haut Atlas central aux contreforts Idouska et Ichtouken d'Agadir, jusqu'aux rives sahariennes de la région de l'Oued Noun. A partir d'un faisceau de près de deux cents greniers, j'interroge, je compare, je dresse des plans, filme, photographie, lis les chartes locales, analyse. Aucune étude n'avait été faite sur la question depuis la Colonisation, en tous les cas pour une telle étendue géographique. Là encore, c'est la révélation : les greniers existent encore et sont, pour certains, toujours utilisés ! Mais en même temps je suis envahie de la même crainte et si ces hauts lieux, vidés de leurs usages et de leur mémoire, sombraient dans l'oubli, parce que notre ignorance ou notre inconséquence nous faisaient négliger ces sites ?
Vous venez d'achever la réhabilitation d'une petite mosquée, à côté de Tin Mal, au fin fond de la montagne. Comment se met en place un tel chantier?
La petite mosquée de Tafreghoust, dans le Haut-Atlas, au-dessus de Tin Mal (à une demi-heure de mauvaise piste), a été achevée, non sans difficultés. M. A. Toufiq, ministre des Habous ayant pris la peine de s'y déplacer en mai dernier, cela avait fait rêver la population d'une énorme mosquée en béton, érigée dans ce minuscule hameau pour la population vieillissante marquée par l'émigration... Notre objectif était d'assurer une restauration de qualité avec un budget modeste qui nous a cependant permis de démonter toute la toiture, de remettre en état la charpente, de refaire les enduits intérieurs, les façades, d'installer l'électricité, d'améliorer le hamam... Il a été pourtant plus difficile de faire travailler les équipes, au sein d'une communauté divisée entre ceux qui voulaient conserver la mosquée traditionnelle et les "modernistes". Lorsque j'ai restauré les greniers d'Amtoudi(2003-2006), d'abord en finançant moi-même, ça a été le contraire, tout le monde a aidé, d'une façon ou d'une autre, en arrondissant les angles, en mettant des ânes à disposition pour les matériaux ou l'eau, en donnant temps et participation sur le mode de la twizza ou participation collective. Ensuite fin 2007, lorsque la Wilaya de Guelmim avec l'Agence du Sud, ont financé les restaurations sous ma gouverne et avec mes maalmines, en quelques mois, les deux greniers étaient remontés.
Comment vos actions de réhabilitation et de sauvegarde sont-elles perçues ?
Pour réussir une restauration dans le monde rural, il faut que celle-ci soit acceptée par une population réellement désireuse et motivée de cette rénovation. Tout le monde ne parle plus que de développement durable, hélas aucune réflexion ne se fait, ni sur l'acte de construire, ni sur la pérennité de l'édifice, encore moins sur les conséquences de ces choix... Ainsi au-delà de la mémoire des lieux, de la valeur patrimoniale, plusieurs questions doivent être posées. Premièrement, la mise en œuvre souvent aléatoire du ciment dans ces montagnes favorise des pathologies du bâtiment immédiates que la communauté ne peut réparer. A cela s'ajoute l'insalubrité de la nouvelle mosquée humide et froide, ce qui pousse de nombreux croyants âgés (rhumatismes) à avoir du mal à prier dans l'édifice alors qu'ils représentent la majorité des pratiquants. Enfin, le budget est généralement cinq à dix fois plus élevé pour atteindre un résultat médiocre comparé à une architecture en pierre ou en terre.
Par conséquent, si la modernité est l'accès à de meilleures conditions de vie pour l'ensemble des individus, nous devons être sensibles au coût, à la durabilité et à l'hygiène des lieux. Il y a une acculturation réelle. Et la forme qui émerge actuellement est cette envie de reconstruire des « villages berbères » ou des musées en allant, nécessairement, piller des sites qui possèdent encore leurs portes, leurs piliers, etc. Je prépare actuellement un essai sur cette « dysnelandisation du monde berbère ». Même si c'est difficile, il faut agir avec ce qui existe avec les habitants de ces lieux et non reconstruire avec un imaginaire mort pour se donner bonne conscience.
Entretien réalisé par Farida Moha | LE MATIN _________________ Amzil de Addis Abeba |
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naim Webmaster


Inscrit le: 21 Sep 2007 Messages: 1498 Localisation: Marocco
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Posté le: Sam Mai 10, 2008 10:41 am Sujet du message: |
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Beau livre: «Portes du sud marocain» de Salima Naji
Un patrimoine culturel négligé
Voici un beau livre qui raconte l'histoire architecturale et artistique du sud marocain à travers ses portes.
A la lecture de ces pages, et surtout à la vue des centaines de superbes photos qui émaillent les textes, on ne regardera plus les portes des casbahs, des villages et autres douars du sud marocain avec la même indifférence, la même inadvertance, le même œil distrait et nonchalant que par le passé.
Grâce à l'objectif de Salima Naji qui leur donne une âme, les portes ouvragées des maisons traditionnelles du pays berbère prennent une signification tout autre que celle que l'usage routinier et machinal a fini par leur conférer. Des œuvres d'art, des pièces du patrimoine culturel du pays.
Il faut lire avec beaucoup d'attention ce fragment de texte de Saint-Exupéry qui vient à propos, et auquel l'auteur se réfère, pour mettre en garde contre les effets corrosifs de l'ignorance ou simplement de la routine, sur la valeur des choses : «Certes est rayonnant ce village, Certes est pathétique cette maison du village. Mais la nouvelle génération si elle occupe des maisons dont elle ne sait rien sinon l'usage, que fera-t-elle dans ce désert? Car de même que pour leur permettre de tirer leur plaisir d'un instrument à cordes, il te faut à tes héritiers enseigner l'art de la musique, de même il te faut pour qu'il soient des hommes qui éprouvent des sentiments d'hommes, leur enseigner à lire sous le disparate des choses les visages de ta maison, de ton domaine et de ton empire.»
«Faute de quoi la génération nouvelle campera en barbare dans la ville qu'elle t'aura prise. Et quelle joie des barbares tireraient-ils de tes trésors? Ils ne savent point s'en servir n'ayant point la clef de ton langage».
«Les visages de ton empire» voilà ce que ce livre nous permet de découvrir «sous le disparate des choses», il nous donne dans la foulée, «la clef du langage» d'une civilisation berbère qui peuple le sud marocain entre chaîne montagneuse du Grand Atlas et le désert saharien.
Objet utilitaire qui protège l'intimité familiale des indiscrétions extérieures, bouclier dissuasif d'intrus mal intentionné, la porte est également et -peut-être surtout- un objet d'ornementation qui ajoute à la maison son complément de charme, un supplément d'âme. La porte renvoie également à la place sociale, à la richesse des occupants de la maison. C'est un objet d'ostentation, une sorte de mise en garde d'une éventuelle méprise à l'égard des gens qui se trouve derrière.
Au-delà, les portes disent tout sur les arts, les perceptions esthétiques, le rapport à la surface ornementale qui peuplent l'imagination des artistes et le goût des usagers. Elles renseignent de la même façon sur les croyances, la culture des populations du sud. Tout cela à travers la majesté d'une porte de mosquée dont l'aspect imposant contraste avec l'humilité et la sobriété d'une porte de maison.
Derrière la fabrication d'une porte, il y a bien sûr un ébéniste, mais aussi un artiste décorateur, puis un forgeron, un serrurier et enfin un maître maçon à défaut d'un architecte.
Voilà ce que nous révèle ce livre à travers les portes du Sud «sous le disparate des choses».
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Naji est architecte et anthropologue
Depuis les toutes premières réalisations, la démarche s'inscrit dans une volonté de collaboration avec les artisans locaux. Conformément aux enseignements de l'architecte égyptien Hassan Fathy, elle les fait intervenir en leur rendant leur place dans une architecture qui reste cependant contemporaine.
Après avoir arpenté les vallées présahariennes pendant près de dix ans, pour rendre compte des traditions artistiques des Kasbas du Sud marocain, elle a consacré plusieurs années de recherches aux greniers-citadelles du Maroc. Elle a interrogé la vitalité des pratiques conservatoires en privilégiant les formes construites, le grenier communautaire qui a le plus souvent bénéficié de la solidité d'un matériau - la pierre - sans négliger cependant les autres patrimoines tangibles et intangibles, dont les traditions transmises oralement.
Parallèlement à ces recherches, elle essaie d'organiser la survie de certaines citadelles véritablement menacées et pas seulement par le phénomène classique de «modernisation» ; elle s'investit ainsi depuis plusieurs années dans des actions concrètes de sauvetage ou de développement culturel. Elle a reçu le Prix Jeunes Architectes, de la Fondation EDF en juin 2004, ce qui lui a permis de poursuivre ces revitalisations en profondeur.
Docteur en anthropologie (École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris), diplômée du Laboratoire de Troisième cycle Arts, Esthétiques Sciences et Technologies de l'Image de Paris VIII, plasticienne, elle est l'auteur de plusieurs ouvrages de référence sur les architectures vernaculaires du Sud marocain. Experte, elle a participé à plusieurs jurys internationaux. Dans le cadre d'une sensibilisation au Maroc, elle a organisé (commissaire et scénographe) l'exposition itinérante «Architecture des oasis, vitalité d'un patrimoine en danger».
Par Abdelaziz Mouride | LE MATIN _________________ http://sawtna.nice-forums.net/ |
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